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MAK

Au demeurant, nous évoluons dans une société que nous qualifions volontairement et non sans raison dirons-nous, de démocratique. Mais est-ce qu’être démocratique se limite au simple fait de nous rendre aux urnes chaque cinq ans ou pour une élection partielle, le cas échéant, comme nous le garantit notre Constitution ? Et, pour cela, il nous faut être redevable et rendre un juste hommage au gouvernement MMM/PSM de 1982 qui y fit inscrire de façon indélébile cette norme fondamentale de la démocratie. Mais, est-ce que le citoyen, mis à part cette exigence de vote de façon régulière, participe pleinement dans la pratique et la consolidation de cette démocratie ? C’est la question qui ne cesse de nous tarauder.

Nous nous retrouvons dans un système où la procédure adoptée dans la prise de décisions par ceux qui nous gouvernent est presque dictatoriale. Dans quelque domaine que ce soit, c’est le gouvernement qui décide de tout et pour tout. Cela devrait en être ainsi, dirait-on, car la démocratie telle que nous la prônons donne cette légitimité au régime du jour. Toutefois, est-ce que l’opinion du peuple ne compte plus, n’a plus de poids dans la direction ou la tournure que prend le gouvernement du jour ?

Ceux qui nous gouvernent sont plébiscités, en principe, sur la base d’un manifeste électoral et donc ils devraient en faire la fondation de leurs actions gouvernementales. Or, dans la pratique, l’électorat, dans une très large mesure, ne se soucie guère du contenu des manifestes électoraux. C’est la conjoncture du moment mais aussi les promesses alléchantes d’assistanat qui déterminent leur choix, si ce n’est des considérations bassement communautaristes. Une fois installé, le gouvernement du jour ne fait qu’à sa tête et c’est très rare qu’il jette les jalons pour un développement pour l’avenir dont bénéficierait le peuple dans son ensemble à moyen, voire long terme. Il se soucie plus de se maintenir au pouvoir. Ainsi, nous nous retrouvons embourbés dans la gestion du quotidien.

Sommes-nous donc devenus un peuple amorphe, résigné, acceptant tout ce qui nous est imposé ? N’avons-nous plus d’échine ? Nous avons tous été témoins de la maigre assistance qui s’est déplacée lors de la récente marche de protestation dans les rues de Port-Louis contre l’augmentation arbitraire des produits pétroliers. Pourtant, tout le monde est affecté par cette hausse. Comment alors expliquer ce désintéressement généralisé ? Ou alors, comme me le faisait remarquer un ami qui a le don du sarcasme, est-il possible que la population et sa composante jeune de surcroît soient en faveur de cette hausse ?

Pourtant, on a qu’à tendre l’oreille, que ce soit dans nos salons, dans les rassemblements sociaux ou encore dans les lieux populaires, on est vite fixé sur la grogne qu’occasionnent certaines décisions gouvernementales. Certes, la rue gronde, mais cette grogne ne se traduit pas dans des actions conséquentes qui pourraient amener nos gouvernants à revoir ces décisions qui fâchent. Et ils le savent parfaitement et, donc, n’en ont cure de ceux qui osent donner de la voix ; car ces derniers n’ont été, ne sont et ne resteront en tout et pour tout qu’une poignée, quelle que soit l’importance de l’enjeu et l’impact négatif de ces décisions pour le pays.

Ce phénomène illustre l’état d’esprit de notre société. Nous sommes les premiers à contester mais de façon tellement cloîtrée et désordonnée que les princes qui nous gouvernent ne sont nullement perturbés, même quand ils savent qu’ils sont sur la mauvaise piste et filent un mauvais coton. Pourtant – et comment –, en surfant les réseaux sociaux, on se rendra vite compte que nos internautes se donnent à cœur joie et font preuve d’ingéniosité et de perspicacité critiquant de façon imagée certaines décisions de ces derniers temps.

Heureusement que nous disposons d’une presse dynamique et qui agit, à juste titre, en chien de garde et alerte l’opinion publique sur les plus graves délits et indélicatesses du gouvernement. Sans cette presse qui nous répercute les différentes opinions et critiques de l’opposition mais aussi celles des lecteurs et auditeurs, nous aurions évolué dans une bulle d’ignorance pour le plus grand bonheur des gouvernants qui se seraient alors permis de faire pire avec impunité.

Évidemment, on parle ici d’une presse responsable, rigoureuse, s’auto-régulant, imbue de normes déontologiques irréprochables. Une presse libre, dans le sens le plus étendu du terme, est un outil indispensable dans la pratique de la démocratie. C’est cette presse qui a permis à la population, dans sa grande majorité, de prendre connaissance, suivant les dénonciations et celles de l’opposition parlementaire et extraparlementaire, que le virus de la médiocrité se propage de façon incontrôlable dans les couloirs de nos gouvernants avec le grand risque de contaminer cette petite poignée qui essaie tant bien que mal de faire un travail honnête.

Gare à celui ou celle qui oserait mettre à dos cette presse. Ce ne serait qu’à ses propres dépens comme vient d’en faire l’expérience le chef du gouvernement. Le prochain gouvernement devrait y faire attention. Mais surtout il aura la tâche d’encourager la liberté d’expression, sans langue de bois, de permettre la libre circulation de l’information, de consolider les institutions démocratiques et surtout respecter et être à l’écoute de l’opinion publique. Et seulement alors, nous pourrons nous enorgueillir d’être une société vraiment démocratique.

Vijay Makhan